Guy Raguin : un univers artistique incontournable !

Guy Raguin Interview Artistes NC

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Vivez pleinement vos expériences pour ne pas vivre avec des regrets

Guy Raguin

Écouter le Podcast du 29/03/2019

Pour cette toute première interview sur votre site Artistes NC, autant dire que nous avons été gâtés !

En effet, nous avons eu la joie de recevoir un grand nom du divertissement de notre caillou, un artiste aux multiples facettes et d’une grande richesse !

Il régale petits et grands depuis des décennies, et ça continue de plus belle d’années en années, pour notre plus grand plaisir…et le sien !  😊

Bon nombre d’entre vous se souviennent très certainement de certains moments marquants de sa carrière ! Si nous vous disons « Maxi Music Show », « double champion de France de DJ », « Triple champion de Calédonie de DJ », « tours de magie », « Ventriloquie », « Léo et Guy », « Coco Pilou »…de très beaux souvenirs doivent certainement refaire surface à l’instant même où vous lisez ces lignes, et vous aurez bien entendu compris qu’il s’agit de Guy Raguin !

Si Guy vous a apporté de la joie en tant qu’artiste (ce dont nous sommes certains), nous vous proposons maintenant de découvrir également l’homme, dont le parcours est extrêmement riche d’enseignements. Nous espérons que vous apprécierez cet article autant que nous avons nous-même apprécié cet instant de partage avec notre invité !

La passion qu’il sait transmettre dans son travail et ses spectacles s’est également ressentie dans cette interview, qui a duré environ 1h30. La version écrite que nous vous proposons ici ne peut donc prétendre être exhaustive, et ne transcrit évidemment pas la passion que notre invité a su si bien exprimer. Nous vous invitons donc également à écouter la version audio afin de profiter pleinement de cet instant de partage de vécu et d’expériences.



Quels sont vos domaines d’activité en 2019 ?

Guy Raguin – J’ai plusieurs casquettes « à l’envers » ! Je suis toujours Disc Jockey, c’est ma 41e année de mix et c’est toujours mon terrain d’activité principal. J’ai également les spectacles de magie, pour enfants et adultes, ainsi que la production et la création d’événements avec ma femme.

Artistes NC – Cette année encore, nous avons 3 festivals : un festival burlesque, un festival comique et le festival international de magie.

Ça fait un carnet bien chargé !

Guy Raguin – Oui, mais c’est que du bonheur ! On apporte du bonheur aux gens et, vous le savez, c’est un vrai plaisir que de pouvoir vivre ou survivre de sa passion.

Artistes NC – Cela rejoint justement notre question suivante :


Quelle est votre plus grande motivation au quotidien ?

Guy Raguin – Et bien c’est ça ! Apporter du bonheur aux gens, arriver à les distraire ou à leur donner envie de « s’échapper » le temps d’un moment. Ça peut être le temps d’une soirée quand il s’agit d’une soirée dansante, ou le temps d’un spectacle, que ce soit pour des enfants ou des grands.

C’est aussi leur faire oublier les soucis quotidiens, et j’en parle d’autant plus que je fais beaucoup de bénévolat dans les hôpitaux, afin de les distraire de leurs maux du moment.


Avez-vous des méthodes de travail particulières pour arriver à concilier toutes ces activités ?

Guy Raguin – Je n’ai pas réellement de méthode de travail. Je fais parler mon cœur et il faut que ça rigole devant moi, ou au moins que ça sourit. Même quand les gens sont en train de danser, s’ils ont la banane, je suis content. L’idée est de leur apporter un petit moment de plénitude, de bonheur.

Je me suis fait un peu « sur le tas » en magie, puisque lorsque j’ai commencé il y a plus de 30 ans, j’étais seul. C’était donc le moment présent qui me faisait avancer dans mon domaine. En magie comme en sculpture de ballons, j’apprenais au fur et à mesure que je performais devant les gens.


Avez-vous été vous même influencé par des artistes ? Si oui, lesquels ?

Guy Raguin – On va essayer de condenser un peu, mais cette histoire est assez marrante, et si elle peut aider certaines personnes à avoir un peu de culot pour oser faire des choses, tant mieux !

Je suis arrivé sur le territoire parce que j’avais gagné le titre de champion de France de DJ en 1984. J’avais 3 semaines de spectacle ici et 3 semaines à Tahiti. Ici, on m’a demandé si j’étais d’accord pour rester, ou au moins pour revenir et monter une radio qui existe toujours :  NRJ (qui à l’époque s’appelait NRJ 2000). J’ai accepté et suis revenu pour créer la radio.

Nous étions 3 à la direction à l’époque, j’étais en charge de l’animation et de la programmation musicale, et comme je savais que j’allais être directeur de la radio, je me suis formé auprès d’une très grosse station à Marseille, qui était même devant NRJ et qui s’appelait « Radio Services ». J’y ai donc appris les secrets de la programmation d’une radio musicale.

Deux ans et demi après, je démissionne pour rentrer à la TV. C’est assez fou car ce sont des ados qui participaient à mes émissions de radio qui me demandaient de faire la même chose à la TV. Ils m’avaient mis cette idée là en tête, je trouvais ça complètement fou car c’était un média qui me faisait rêver, et j’ai dit « pourquoi pas ? ».

Comme en 1984 un voyant m’avait prédit que je gagnerai le championnat de France des DJ’s, j’ai décidé d’en consulter un en 1997 pour savoir si j’allais gagner le championnat de DJ’s auquel j’allais participer quelques semaines plus tard.

Je me rends donc chez ce voyant, et il n’arrivait pas vraiment à définir mon futur. Il savait qu’il y avait des gens autour, mais il n’arrivait pas à le verbaliser. Il m’a pourtant dit des tas de choses vraies, notamment le fait que j’allais avoir 2 enfants (un garçon et une fille), et c’était vraiment incroyable, avec le recul !

Il ne voyait donc rien dans le championnat. Je lui ai dit que j’étais venu pour ça, il m’annonce alors qu’il me voit bien le finir, mais pas le gagner. Cette année-là, j’ai en effet fini vice-champion de France, le champion n’étant autre que mon meilleur ami à qui j’avais tout appris du métier de DJ, ce qui m’a rendu encore plus heureux que de gagner une 2e fois.

Le voyant n’arrivant toujours pas à voir clairement dans mon futur, il me demande de lui préciser mes projets, mes rêves…je lui explique que cela fait plusieurs mois que des ados me parlent de faire une émission de TV…et à cet instant, je l’ai limite vu physiquement s’illuminer !

Il m’a dit : « mais c’est ça que je vois depuis plus d’une heure et que je n’arrive pas à verbaliser : votre futur, c’est la télé ! Alors allez-y, foncez et proposez !»

Quelques mois ont passé, le temps que je puisse préparer quelque chose de très construit à proposer. Lorsque j’y suis allé à RFO, ils m’ont annoncé qu’ils m’embauchaient à peine une heure après notre entretien ! Je me suis dit : « mais alors, c’est si facile que ça ??? »

Dans cette émission, j‘avais proposé une sculpture de ballon et un tour de magie chaque mercredi après-midi…mais je n’étais ni sculpteur de ballon, ni magicien ! C’est pour cela que je dis que parfois, c’est bien d’y aller au culot et de travailler ensuite.

Lorsqu’ils m’ont annoncé qu’ils m’embauchaient et que je commençais le mois suivant, je leur ai fait croire que ce n’était pas possible car j’avais déjà pris un billet pour visiter ma famille en métropole (ce qui était bien entendu faux). Cependant, en sortant de leurs bureaux, j’ai effectivement pris un billet pour me rendre en métropole ! J’ai certes visité ma famille, mais je suis également allé me former à la fois en magie et en sculpture de ballons.

J’avais une adresse à Paris pour la magie. Je m’y suis donc rendu, et le gars m’a vendu dans un premier temps des tours un peu « automatiques » pour lesquels je n’avais pas de travail de manipulation à faire.

Le hasard faisant bien les choses, j’ai ensuite sympathisé avec quelqu’un qui se trouvait être un très bon ami du patron de ce magasin. J’y suis donc de nouveau allé au culot en lui expliquant que j’étais ici pour me former en vue d’une émission, que l’agenda était blindé pour l’année entière, mais que j’avais également promis une sculpture de ballons et ne savais pas à qui m’adresser…

Il m’a demandé si je me foutais de lui, je lui ai bien sûr répondu que non. Il m’a alors dit : « je m’appelle Pierre Jacques », ce à quoi j’ai répondu « je m’appelle Guy Raguin…et alors ? ». Sa réponse a été la suivante : « je suis LE sculpteur de ballons français ! », ce qui était vrai !

On a donc sympathisé tout de suite, et il m’a proposé un cours particulier pendant toute une journée…j’en ai bouffé, des ballons ! Je suis donc revenu en sachant également sculpter !

Depuis le début, ça a donc été une succession de coups de pouces du destin et de la providence. Je rencontrais à chaque fois les bonnes personnes, et parfois je provoquais ça en y allant un peu au culot ! Voilà comment ça a commencé, et ce sont donc ces gens-là qui m’ont inspiré et qui m’ont appris à faire tout ça. Ensuite, c’est allé très vite, surtout qu’ici j’étais le seul sculpteur de ballons et magicien !

Quelques mois après, je me suis découvert une prédisposition à la ventriloquie en regardant un sketch de David Michel, qui avait un pingouin nommé Nestor (qui était la grosse vedette de l’époque). J’ai constaté assez rapidement que j’arrivais à refaire la voix sans bouger les lèvres, en refaisant son sketch en décalé. Ma compagne de l’époque me dit : « mais t’es ventriloque ! », ce à quoi je lui réponds que non, car selon moi, tout le monde était capable de faire ce que j’étais en train de faire. Elle me répond alors qu’elle n’est ni capable de faire la voix du pingouin, ni de parler sans bouger les lèvres.

Par la suite, je demandais à chaque fois aux copains s’ils arrivaient à le faire, et ils me disaient tous la même chose : « tu es ventriloque ! ». Ce n’est qu’au bout d’une dizaine de personnes qui m’ont dit la même chose que j’ai fini par me convaincre que j’avais peut-être cette prédisposition.

Effectivement ce n’est pas quelque chose qui peut s’apprendre, contrairement à une manipulation de magie ou une sculpture de ballons. On m’a simplement dit que mon pharynx et mon larynx n’étaient pas tout à fait comme les autres et qu’ils se positionnaient d’une certaine façon pour que j’arrive à faire ça.

Quelques années après, je rencontre ce gars qui m’avait fait démarrer (Le ventriloque David Michel, NDLR), et c’est encore une belle histoire car je faisais un petit sketch sur scène dans un congrès de ventriloques, où très peu osaient passer devant leurs pairs. J’y suis allé, et à ce moment-là arrive l’invité d’honneur, qui se trouvait justement être David Michel. Je suis allé le remercier les larmes aux yeux, j’étais comme un gosse ! A l’époque, cela faisait une quinzaine d’années que j’avais commencé dans le métier.

Durant ce congrès, j’étais le seul ventriloque à avoir eu l’idée que j’avais mise en place sur le caillou, alors que je croyais que tout le monde faisait ça en métropole : je télécommandais ma marionnette !

Tout le monde se moquait un peu de moi car j’étais le seul à avoir une marionnette « en dur », un peu vintage, old-school…alors qu’ils avaient tous des marionnettes en latex qui bougeaient dans tous les sens, et c’était très bien ! Pour ma part, je savais pourquoi j’avais ce type de marionnettes : les servomoteurs à l’intérieur me permettaient de la commander à distance.

Quand j’ai fait mon sketch, ce monsieur qui m’avait inspiré s’est levé pour me féliciter, on est tombés dans les bras l’un de l’autre et il m’a remercié car il n’avait vu ça nulle part. ça a été un moment très fort et ce sont tous ces gens et toutes ces rencontres qui m’ont inspiré.



Quelles sont vos plus grandes fiertés ?

Guy Raguin – Je suis fier d’avoir fait ce parcours à la télé, car j’ai toujours positivé, et même si l’aventure n’avait duré que quelques mois, je l’aurais appréciée pleinement. Il se trouve qu’elle a duré presque 30 ans. C’est donc une fierté d’avoir pu amuser 2 générations.

Au fil des années, surtout vers la fin, des gens de plus de 30 ans me demandaient de faire participer leurs enfants de 6 à 8 ans car eux-mêmes avaient participé à cet âge-là à mon émission. Pour moi, c’était le moment « Woaw ! ». Je prenais un peu une « claque » dans la figure, mais c’était une belle claque, pleine de souvenirs et de sourires pour ces gens-là. Je créais aussi des souvenirs pour leurs enfants, et des souvenirs en commun.

Une autre fierté a été la victoire aux championnats de France de DJ, puis le titre de vice-champion en 1987, mais surtout une nouvelle victoire 14 ans après ! Personne ne l’avait fait et ça a été énorme car en 1998, tous les gens qui ont entendu dire qu’un Guy Raguin serait candidat pensaient que c’était Guy Raguin « junior ».

Même chose sur le territoire, puisque j’avais gagné le championnat de Calédonie en 1998, que j’ai de nouveau remporté 14 ans après !

Cette longévité est donc une certaine fierté ! Le fait d’être toujours aussi passionné, d’avoir toujours autant le feu derrière les platines ou sur scène.

Ensuite, la plus grande des fiertés, c’est tout ce que je peux faire en tant que bénévole, auprès des hôpitaux, des enfants, des plus démunis, des handicapés…je me suis donné cette vraie mission il y a plus de 30 ans et je continue avec beaucoup de plaisir. Je suis toujours présent, du moment que n’importe quelle association me demande et que ça touche les enfants et/ou les personnes âgées, je le fais vraiment avec le cœur, comme je pense que tout le monde devrait le faire dans sa propre partie. On devrait tous faire un peu de bénévolat, il faudrait presque que ça devienne obligatoire.

Quelle est votre expérience la plus insolite ?

Guy Raguin – La première fois où j’ai tourné à l’extérieur du territoire et que j’étais considéré comme un vrai magicien, alors qu’ici j’ai toujours été le clown qui amuse les gosses. Même si je fais des tas de spectacles pour les adultes, j’ai toujours cette image-là.

L’alliance Française en Papouasie Nouvelle-Guinée m’avait demandé d’aller performer chez eux. J’en étais bien sûr très fier, et lorsque je suis arrivé là-bas, l’organisateur m’avait annoncé comme l’un des plus grands magiciens de France, pour « faire mousser » un peu les spectacles qu’il avait vendu au nom de l’alliance française.

Je lui ai demandé s’il n’était pas un peu fou d’avoir fait ça, car je pourrais très bien être une brêle à ses yeux, étant donné qu’il ne m’avait jamais vu performer. Il m’a répondu : « Ne t’inquiète pas, de toute façon il n’y a jamais de magiciens qui viennent, donc pour les spectateurs ici, tu seras forcément très bon ! »

Il me demande ensuite si j’ai peur en hélicoptère…je n’en avais jamais fait de ma vie, en tous cas il m’annonce ensuite qu’ils comptent justement me faire arriver en hélicoptère ! Il me précise qu’une fois descendu de l’hélico, je devais courir vers eux. Je m’exécute donc, et au fur et à mesure que j’approchais, j’entendais la marseillaise qui jouait…je me suis immédiatement dit qu’on devait certainement attendre un Président ou autre officiel, mais c’était bel et bien moi qu’on attendait !

C’était assez dingue ! Heureusement, les tours se sont bien passés et ont fait rire !

J’ai également fait un spectacle à New-York. C’était mon premier contrat là-bas. Le gars m’a tendu discrètement des sous à la fin du spectacle, ce que j’ai tout d’abord refusé, tant le simple fait d’être sur place était énorme pour moi. C’était à Coney Island (à une heure de Broadway), où l’on peut voir un fameux parc d’attractions que l’on retrouve dans tous les vieux films américains tournés à New-York.

J’avais vu ce spectacle le dimanche précédent, et je me suis présenté au producteur, qui m’a demandé si j’avais des tours à proposer. Je lui ai répondu que oui, puisque j’ai toujours avec moi une mallette de magie. Il m’a alors programmé un créneau pour un tour de 15 à 20 minutes le dimanche suivant.

J’avais reçu 50 dollars, mais pour moi c’était comme si j’avais été payé 3 millions ! Après tout, c’était ma première paye américaine ! Le producteur avait trouvé ça génial et m’avait félicité pour avoir été capable de faire mon spectacle en anglais. Il m’avait également donné quelques conseils, en me précisant que certaines choses ne se font pas chez eux, notamment tout ce qui se trouve en-dessous de la ceinture. J’avais effectivement un tour qui faisait rire tout le monde, durant lequel j’attrapais mon slip…

Également, il ne fallait surtout pas toucher la tête des enfants. J’avais fait un tour de mime durant lequel, par un subterfuge, j’arrivais à faire « craquer » la tête de l’enfant sans la faire bouger. Je le voyais faire des bonds à chaque fois qu’il entendait ça. Il devait certainement s’imaginer interdit de spectacle, avec les avocats et les plaintes sur le dos, alors que même les parents étaient morts de rire.

Selon lui, les gens rigolaient pour 3 raisons : j’étais habillé en fluo (donc un clown), j’étais français, (certaines choses passaient donc plus facilement) et j’arrivais d’un pays que personne ne connaissait.

Il m’a toutefois rappelé ces conseils, et lorsque j’y suis retourné 2 ans après, je n’ai plus touché la tête des enfants ni sorti mon slip. Il était encore plus heureux !

Un autre moment très fort a été la remise de la médaille d’or de la Lutte Nationale contre le Cancer, pour toutes les actions que j’avais faites pour eux, et j’en ai pleuré. La responsable m’avait demandé d’être présent au cocktail, mais je n’aime pas ça, car je fais les choses avec le cœur et non pas pour être remarqué.

Elle avait tellement insisté que j’ai fini par m’y rendre, et j’ai compris la véritable raison en arrivant sur place. J’avais reçu cette distinction, que les responsables ne peuvent pas remettre d’eux-mêmes. Il faut en effet qu’ils expliquent les actions de la personne auprès de Paris, qui décide si la distinction est effectivement méritée. Ayant finalement pris connaissance de tout ce cheminement, j’en ai pleuré en remerciant tout le monde.

Tous les Noëls, je suis à l’hôpital pour amuser les enfants et j’y serai chaque année, mais lorsque les médias m’annoncent qu’ils vont me noter en tant que bénévole, je refuse…ou bien ils doivent noter que tous les autres sont bénévoles ! Les blouses roses, les associations, les autres artistes…Ils peuvent à la limite préciser que l’on était là, mais les gens n’ont pas besoin de savoir que nous sommes bénévoles. On le fait tous avec le cœur, pas pour la reconnaissance.

Quel est le plus grand souvenir de votre enfance ?

Guy Raguin – J’ai « baigné » dans le Judo. Durant mon enfance, ça a été ma vie. Mon père était responsable du club, et je pense qu’il voulait que j’arrive à obtenir des titres qu’il n’avait jamais eu. Je m’entraînais donc quasiment tous les jours, dans mon club ainsi que des clubs voisins où il m’emmenait.

Pour lui, c’était d’abord le Judo, et on verra ensuite pour les devoirs. Du coup, je faisais mes devoirs très tard. J’ai pu décrocher quelques titres au niveau académique et régional, en région PACA (Provence Alpes Côte-d’Azur) lorsque j’étais en section minimes / juniors (j’ai participé également au niveau national, mais n’ai jamais vraiment brillé à ce niveau de compétition).

C’était la fierté de mon père et de toute ma famille, car dans notre famille, on était tous « en religion » avec le Judo. Quand les familles allaient à la messe le dimanche, nous étions en compétition.

J’avais toute ma famille derrière moi ! Mon frère, ma sœur et ma mère avaient pratiqué, puis ont finalement arrêté, tous les espoirs reposaient donc sur moi. Ça a parfois été très dur, car même lorsque j’étais blessé, mon père me « strappait » avec des bandes Elastoplast en me disant : « tu serres les dents et tu continues à combattre ».

Toutes ces expériences étaient un peu lourdes, notamment quand les copains allaient s’amuser et que j’étais pendant ce temps au Judo, mais je dis merci à tout le monde. Je n’ai jamais fumé de ma vie, jamais bu une goutte d’alcool (je ne connais même pas le goût de la bière ou du vin), et c’est aussi grâce à tout ça. Aux yeux de mes copains, je n’avais pas besoin de boire un coup ou de fumer pour être leur égal. J’avais des résultats au Judo, j’étais pour eux le « sportif » qui avait réussi au niveau régional, et j’étais donc remarquable et remarqué à leurs yeux.

Je les remercie donc de ne pas avoir insisté pour m’embarquer sur le chemin du tabac et de l’alcool, et je remercie le Judo de m’avoir apporté les valeurs de respect de l’autre et la patience.

Ensuite, durant mon adolescence, j’ai travaillé très tôt. J’avais fait une bonne classe de première et souhaitais poursuivre en terminale afin de devenir kiné sportif, mais les hasards de la vie ainsi que les conseils de mon père m’ont amené à me diriger vers la vie active.

A 18 ans, j’étais déjà laborantin dans une grosse usine de chimie. Je n’y suis resté qu’un an car la personne que j’avais remplacé avait fini son service militaire et a pu récupérer son poste, mon contrat n’a donc pas été renouvelé. Je suis ensuite resté 1 an au chômage.

J’ai continué à me passionner pour le judo, mais une autre passion a fait son arrivée : le DJ-ing ! Une copine m’a fait rencontrer certains de ses potes qui avaient monté une discothèque dans leur garage. Pour moi qui n’avais jamais été en discothèque, lorsque j’ai vu le DJ faire lever les mains des gens, je me suis dit « Woaw ! C’est ça que je veux faire ! Ce gars-là, c’est le dieu de la soirée ! ». J’ai halluciné !

Quand je suis parti, je me suis arrêté dans un magasin et j’ai acheté tout le matériel pour transformer mon studio en discothèque. J’avais donc des jeux de lumière partout, la table de mixage, les platines et tous les hits du moment, et j’ai commencé à pratiquer.

Parallèlement à ça, j’avais une autre passion furieuse : la pâtisserie ! Je faisais des gâteaux toute la journée. Pour les potes, j’étais le super plan ! Ils repartaient à chaque fois avec des cassettes remplies de hits que j’avais mixé, mais également avec des gâteaux !

J’avais donc ces 3 passions à cette époque. J’ai failli rentrer comme apprenti en pâtisserie dans la confiserie-chocolaterie-pâtisserie d’un de mes oncles en Bretagne, car ma mère et ma grand-mère lui disaient tout le temps : « Tonton, il faut que tu prennes le petit ! il fait de la pâtisserie toute la journée et il est doué ! »

J’avais précisé à mon oncle que j’étais certes passionné, mais que le dimanche matin, j’avais les compétitions de Judo. Il m’a répondu qu’il valait mieux que je reste à Marseille et que la pâtisserie n’était pas faite pour moi, car dans ce métier, le boulot commence à 3h du matin le dimanche !

J’ai donc continué à donner des cours de Judo, en métropole et en Calédonie. Cela ne m’a jamais fait vivre, mais j’étais très passionné. Je suis toujours bénévole de la Ligue de Judo, j’ai notamment eu la chance d’être le speaker officiel aux Oceania !

Ils me remerciaient toujours pour mon bénévolat, mais je les remerciais également de me permettre d’être au pied des tatamis et de pouvoir « vivre par procuration » les combats. J’ai d’ailleurs été référent technique et commentateur pour la TV durant NC 2011 et je me suis régalé !

Mon enfance a donc été entièrement placée sous le signe du Judo, puis durant mon adolescence, le DJ-ing et la pâtisserie se sont ajoutés.

Avez-vous eu peur, à certains moments, de tenter de nouvelles expériences artistiques ?

Guy Raguin – Non, car lorsque j’ai eu envie de faire quelque chose, je me suis donné les moyens de le faire, de m’entraîner, d’arriver au mieux à mes fins. Je n’ai donc jamais eu peur d’attaquer de nouvelles expériences ou de me lancer.

J’aurais dû avoir peur de quoi ? De ne pas y arriver ? Il ne faut pas vivre avec des regrets. Il faut vivre à fond le moment et ce que l’on a en tête. Si ça ne marche pas, cela fait une nouvelle expérience, c’est aussi ce qui me permet aujourd’hui d’être devant vous et de vous raconter tout ça. Je ne regrette absolument rien !

Quel a été votre moment le plus embarrassant sur scène ?

Guy Raguin – Je ne parlerai pas ici de choses qui auraient pu être ratées, car l’expérience a fait que je me suis toujours rattrapé. Comme on dit, je me « raccrochais aux branches » ! J’ai en revanche un souvenir qui restera gravé à jamais dans ma mémoire, mais pas d’une belle façon, et j’en parle encore aujourd’hui avec un peu d’émotion.

Ça remonte à plus de 20 ans. Une copine était responsable du CE de l’ERPA, et elle m’avait demandé de faire le spectacle de Noël. C’était le tout premier spectacle de ce mois de décembre…je le précise car cela a eu un effet particulier.

Cette société proposait son spectacle de Noël au « terrain des banques », à Plum. La veille, j’étais en discothèque ou en soirée dansante…en tous cas, je me suis couché…tôt le matin !

Le matin suivant, je me réveille en mode « cool », puis le repas se passe…j’étais « off » dans ma tête. Vers 14h, la copine m’appelle et me demande si je vais bien, si j’ai eu un souci…je lui réponds que tout va bien, que je suis tranquillement en famille…et c’est alors qu’elle me dit : « c’est-à-dire qu’on t’attend pour le spectacle… ».

Je ne me suis jamais senti aussi mal ! Je lui ai dit : « mais non, c’est le week-end prochain !», comme si toutes les personnes présentes sur place avaient pu se tromper, et non pas moi. Elle me répond bien entendu qu’il serait difficile qu’ils se trompent sur la date de leur propre spectacle, et qu’ils ont demandé au Père Noël de passer avant moi pour distribuer les cadeaux aux enfants afin de les faire patienter…

Je ne peux même pas décrire la sensation de malaise que j’ai ressenti lorsque je lui ai dit : « j’arrive ! ». J’étais en slip, pas rasé, et mon matériel de spectacle, qui est habituellement toujours prêt durant tout le mois de décembre dans mon camion, ne l’était pas puisque c’était le tout premier spectacle du mois !

J’ai roulé comme on ne devrait jamais rouler…c’était totalement inconscient ! Une fois arrivé sur place, une des personnes présentes essayait de m’interpeller, mais j’étais tellement dans le rush pour me préparer au plus vite que je répondais : « Ecoutez, je n’ai PAS le temps ! » d’un ton qu’elle n’avait jamais entendu venant de moi, puisque je ne suis pas du genre à gueuler ainsi.

Je reprends mon affaire, et elle tente de nouveau : « Mr Raguin, Mr Raguin » et je la remballe de nouveau…j’étais vraiment dans un autre monde ! Une fois que j’avais le décor, les tours et la sono préparés, je me retourne enfin…il n’y avait personne…elle me dit alors : « C’est ce que j’essaie de vous dire depuis une demi-heure…tout le monde est parti, la fête est finie ».

J’ai appelé la copine pour lui proposer, le dimanche suivant, d’ouvrir pour eux la discothèque que j’avais en centre-ville en mode « salle de spectacle », et d’offrir à qui voulait bien venir, toutes les boissons, les amuse-gueules, le goûter pour les enfants et les parents…mon spectacle était bien évidemment gratuit et j’ai offert d’autres cadeaux en plus.

Certains sont venus, mais pas tous les membres du CE. Aux yeux de la direction et des employés qui n’avaient pas été présents, je n’avais rien rattrapé. Je n’ai plus jamais travaillé avec l’ERPA…ils ont dû rester sur cet incident et se dire que je n’étais pas fiable, mais je ne suis plus jamais loupé de la sorte pour un seul autre spectacle depuis.

Avec un œil d’enfant, magie rime souvent avec pouvoirs magiques. Quel super pouvoir auriez-vous aimé posséder dans la vie ?

Guy Raguin – J’ai déjà ce super pouvoir de donner le sourire aux gens qui ne l’ont pas forcément à ce moment-là, et d’arriver à leur faire oublier un instant les tracas du quotidien, comme je le disais tout à l’heure.

Comme beaucoup de calédoniens sont au courant, j’ai vécu le décès de ma fille, qui nous a quitté à l’âge de 20 ans. J’ai vécu ces moments très forts avec elle, où j’essayais de continuer à lui donner le sourire, et ça a été mon plus beau défi durant son cancer.

C’est allé ainsi jusqu’au bout du bout, puisque c’est moi qui lui ai appris que c’était fini. Ni le médecin, ni les soins palliatifs n’arrivaient à le lui dire. Si j’avais voulu avoir un super pouvoir à cet instant-là, cela aurait forcément été celui de pouvoir la guérir. Je n’ai pas trouvé la bonne baguette magique, et pourtant on y a cru jusqu’au bout.

J’aurais aussi aimé avoir ce pouvoir pour guérir définitivement tous les malades que j’arrivais tout de même à faire sourire et à « guérir » lors de mes spectacles de magie dans les hôpitaux…

Peut-être quelqu’un trouvera-t-il un jour cette baguette et pourra alors guérir le cancer ou toutes ces autres maladies qui font disparaître tant de gens trop tôt, et surtout les enfants, car il n’est pas normal que les enfants partent avant les parents.

Quel serait le projet artistique de vos rêves ?

Guy Raguin – Je suis un peu en train de le vivre. Ma femme a lancé il y a 6 ans un festival de burlesque, qui est l’art de s’effeuiller. C’est une belle leçon de vie, et une belle perspective pour des femmes (pour certains hommes aussi, mais il est vrai que c’est surtout féminin) soit en surpoids, ou simplement pas satisfaites de leur corps. La pratique du burlesque leur permet d’apprendre à s’apprécier telles qu’elles sont. C’est ça, l’art du burlesque.

Je prépare en ce moment une surprise pour ma femme. Elle est au courant que je vais faire quelque chose lors du prochain festival qui se tiendra dans une vingtaine de jours. Je me lance dans un numéro solo de burlesque ! Je l’ai mise au courant car il fallait que l’on sache où me situer dans le conducteur (le planning du spectacle, NDLR)

On est souvent en train de chercher de nouvelles manières de se surprendre, ma femme et moi, et j’ai donc décidé de faire ce solo « boylesque ». J’ai des idées très sympa qui vont mêler magie et comique, je reste donc dans mon univers.

Nous commençons à avoir de bonnes connexions avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis, ma femme ayant performé 2 fois avec sa troupe à Las Vegas. Les Texas Boys (un autre trio d’hommes que ma femme a formé) ont gagné le titre de Best Group au Texas début mai, et nos Miss et Mister Burlesque ont été retenus pour aller en Nouvelle-Zélande…

C’est notre 6e festival burlesque, on commence donc à connaître beaucoup de gens. On a fait venir les meilleurs mondiaux, qui eux-mêmes en parlent à d’autres…on est donc connus à travers le monde dans ce domaine-là, et mon rêve serait de partager la scène avec ma femme lors de représentations à l’international, et que l’on performe ensemble l’année prochaine dans ces 3 pays, en solo boylesque et burlesque.

Ensuite, j’ai d’autres rêves, dont un vers lequel ma femme me pousse. Je pense ouvrir une école (ou peut-être des stages dans un premier temps) de magie, car plein de jeunes de 8 à 12 ans en regardent sur Internet et en sont fous…on me le demande sans cesse ! Même chose dans le domaine du DJ-ing : j’avais déjà une école en France, et on me le demande également.

Pourquoi pas ? Ma vie commence, j’ai 60 ans à peine, plein de projets et de rêves en tête, et c’est important !

Pourquoi l’art ?

Guy Raguin – Je suis tombé dedans un peu au hasard, quoi que…être DJ, c’est également un art, quelque part. Comme des musiciens, on est un peu comédiens. Quand j’étais jeune, j’étais très timide. Lorsqu’on me parlait, je tournais rouge pivoine. Le Judo a fait en sorte que je sois un peu plus sûr de moi, mais c’est vraiment lorsque je suis devenu DJ que j’ai été définitivement guéri de ma timidité, puisque les gens vous regardent.

Au sens large donc, je considère qu’être DJ est effectivement un art…lorsque je regarde des peintures ou des sculptures, je me dis : « Woaw, qu’est-ce que j’aimerais être capable de faire ça », et c’est exactement ce que l’on me dit aussi par rapport au DJ-ing,  à la magie, la ventriloquie, la sculpture de ballons…les artistes me font rêver, je veux donc bien comprendre que je puisse en faire rêver certains moi aussi.

Donc, pourquoi l’art…Se mettre en avant ? Je n’ai pas un égo démesuré, je pense être assez humble. En même temps, pour être artiste, il faut peut-être avoir une part d’égo un peu surdimensionné. Je me suis lancé dans ce métier forcément par envie de faire plaisir, de créer quelque chose de mes mains.

Avec mes mix, je crée une histoire, je fais danser les gens, ils sont contents et viennent me remercier. Autrefois, je ne me considérais pas comme un artiste…j’étais tout simplement DJ. Aujourd’hui, je me considère effectivement comme un artiste, même si je pourrais dire « saltimbanque ».

Selon vous, en quoi consiste le travail d’un artiste et quel rôle peut-il avoir dans la société ?

Guy Raguin – Fédérer les gens, et peut-être leur donner envie de faire la même chose. J’ai été ravi de rencontrer un jeune qui vendait des sculptures de ballons dans un spectacle, et qui m’avait remercié car il a eu envie de le faire après m’avoir vu à la TV. On s’est alors mis dans un coin et je lui ai appris d’autres choses. Le partage est important, et si l’on peut arriver à partager notre passion et notre art, et susciter chez les gens l’envie de faire la même chose, c’est génial !

Plus on sera d’artistes et mieux la société se portera. Il y a plein de problèmes partout dans le monde, et heureusement que les artistes sont là pour émerveiller les gens et leur procurer ces bons moments, ces sensations et des réactions, quelles qu’elles soient. C’est en cela, je pense, que les artistes ont un vrai rôle à jouer dans la société.

Pensez-vous que l’art doit être financé, et quels seraient les rôles de ces financements ?

Guy Raguin – Oui, car nous ne sommes pas beaucoup à arriver à vivre de notre art, et si l’on parle du territoire spécifiquement, je dirais qu’il faudrait mettre rapidement en place le statut d’intermittent du spectacle, car beaucoup plus d’artistes se lanceront. Certains pourraient effectivement ne pas se lancer parce qu’ils pensent qu’ils ne pourront pas en vivre, parce que c’est un sacerdoce que de répéter pendant des heures et des heures, quelque soit l’art que l’on pratique.

Bien sûr que notre récompense est de faire plaisir aux gens, mais si j’ai la chance de pouvoir en vivre, beaucoup d’artistes ont forcément un boulot à côté. En cela, le statut d’intermittent du spectacle est vraiment nécessaire en Nouvelle-Calédonie.

Avec ma femme, nous sommes créateurs d’événements, et nous n’avons aucun sponsor ! On appelle un copain restaurateur avec qui on s’arrange pour qu’il prenne par exemple en charge 2 repas lorsqu’on fait venir des internationaux, et en échange on lui offre 4 places VIP pour le spectacle.

On arrive à se débrouiller avec nos connaissances, mais quand on s’adresse aux instances et qu’on fait venir plusieurs artistes internationaux, qui sont suivis sur les réseaux sociaux et qui relaient donc des images de chez nous (ce qui nous fait une publicité énorme), je ne comprends pas que l’on ne soit pas au moins aidé à hauteur de quelques frais…on nous dit non systématiquement et ça fait mal au cœur.

A notre niveau, on fait ce que l’on peut pour faire connaître la Nouvelle-Calédonie à travers le monde via ces artistes qui font partie des meilleurs, et je trouve assez fort que l’on ne soit pas aidés.

On ne demande pas des milles et des cents, simplement un tout petit billet d’avion qui permettrait de financer le transport d’au moins une personne. On fait bientôt venir un groupe de 6 artistes, ça fait 4 ans qu’on y travaille et même avec le prix qu’ils nous ont fait, le cachet est énorme et nous n’avons aucune aide. On ne sait donc même pas si nous allons rentrer dans notre argent, mais on le fait tout de même par passion et avec l’envie d’apporter une pierre au milieu artistique calédonien, car si nous ne faisons pas venir ce genre de spectacles, personne n’ira en voir ailleurs, ou bien ils seront vraiment très peu…

Ce serait bien que l’on puisse nous aider à vivre de ces choses-là, et ce qui est vrai pour nous dans le domaine de la création et la production d’événements serait vrai pour n’importe quel artiste dans son domaine (quel que soit l’événement qu’il crée), même s’il déplace 10 personnes.

C’est dur pour tout le monde…le Gouvernement, les Provinces, c’est sûr…mais c’est dur pour nous aussi…on est d’ailleurs en train de réfléchir à ne plus faire le festival de burlesque l’année prochaine, car on vient de perdre encore 2 sponsors pour qui c’est dur aussi…c’est dommage.

Artistes NC – Nous aussi espérons vraiment que l’appel sera entendu car l’art, ainsi que toutes ces initiatives, méritent d’être aidés et propulsés !

Guy Raguin – Bien sûr ! Et puis ça donnera à d’autres l’envie d’embrasser ces métiers qu’ils ont découvert grâce aux artistes. Ce sera une bonne chose pour les générations futures !

Que pensez-vous de l’initiative Artistes NC ?

Guy Raguin – J’adore, et je dis bravo ! D’abord parce que j’avais eu l’idée il y a quelques années, mais que vous, vous l’avez fait !

J’avais eu l’idée de faire une sorte d’agenda des artistes. Cela aurait été moins complet que ce que vous proposez, car vous partez carrément sur tous les arts, et c’est tout à votre honneur. En fait, les gens m’appelaient souvent pour avoir le numéro de mes copains magiciens, DJ… et je suis justement le premier à les donner volontiers, car même lorsqu’on me demande une prestation et que je ne peux pas honorer, je recommande un pote dans le domaine souhaité, qui bosse avec la même passion que moi.

Dans n’importe quel domaine que ce soit, il faudrait que tous les artistes soient main dans la main…qu’on ne soit pas des concurrents, mais avant tout des copains avec qui on peut partager. La concurrence est évidemment là, mais elle est bénéfique, et le soleil brille pour tout le monde.

Je me disais donc que c’était bien car je le faisais (et je le fais toujours), mais est-ce que tout le monde fait ça, à chaque fois, dans son domaine ? je n’en suis pas sûr…de là était venue l’idée de faire cet agenda, que je n’ai donc pas mise en œuvre. Quand vous m’avez appelé pour me dire que vous prépariez ça, je me suis dit « Alléluia, enfin des gens qui se lancent là-dedans » !

Enfin les gens qui chercheront un spectacle pour leur enfant, un groupe ou un DJ pour animer leurs soirées, un sculpteur, etc…pourront les trouver, voir ce qu’ils font sur leur site (ou leur page sur votre site, puisque vous en proposerez), et c’est génial car vous allez faire gagner du temps à beaucoup de calédoniens !

Artistes NC – Question bonus :

Je ne me souviens plus dans quel magazine j’ai lu cette rumeur, mais elle m’avait tellement frappé que je saisis aujourd’hui l’occasion de vous poser la question.

J’ai toujours eu tendance à dire que vous êtes une icône de la jeunesse calédonienne de ma génération, au même titre que le Club Dorothée en France, et justement…

Est-il vrai que vous avez failli faire partie de l’équipe du Club Dorothée ?

Guy Raguin – Complètement ! C’était en 1991, et je connaissais bien leur équipe. A l’époque, j’étais habillé par Lyne Créations pour mes émissions. Les vêtements étaient très colorés, avec des motifs océaniens…et j’allais également en France habillé ainsi ! On me prenait bien entendu pour un hurluberlu, mais c’était mon style de vie.

Je suis allé voir le Club Dorothée avec la casquette de reporter d’un magazine que j’avais lancé pour les enfants, qui s’appelait Léo Magazine. J’avais sorti 5 numéros sur une année, puis j’ai été attaqué par Lego, car ils avaient leur propre magazine : Lego Magazine…ils voulaient donc m’attaquer pour ça. Je n’ai donc pas pris le risque de rentrer dans ce genre de procédures pour quelque chose qui ne me rapportait rien, si ce n’est le plaisir de le faire et de faire plaisir aux enfants, mais qui en tous cas me coûtait de l’argent. J’ai tout arrêté.

J’y suis donc allé avec Léo pour les interviewer et on a sympathisé. J’avais même fait une double page poster avec eux…et Léo ! Chaque année je retournais les voir, et ils me reconnaissaient…surtout par mon look vestimentaire.

Un jour, j’y suis encore allé au culot avec une cassette d’une de mes émissions. Patrick Simpson-Jones venait de quitter leur équipe, je leur ai donc proposé ma candidature pour le remplacer. Ils ont commencé par rigoler, mais pas tant que ça finalement !

Ils ont pris ma cassette, puis une dame est revenue en me disant qu’elle avait vu Mr Azoulay (qui était le Big Boss, car AB Productions Signifie « Azoulay et Bardin ») et qu’il était d’accord pour que je fasse un direct avec l’équipe. Mon côté ventriloque, magicien, jongleur, sculpteur de ballon l’intéressait beaucoup et il n’avait pas ça au sein de l’équipe.

Je me rends donc à Paris pour le rendez-vous du mercredi matin, et on m’explique finalement que je suis monté pour rien, car la guerre du Golfe venait de se déclencher et ils avaient déprogrammé ce qui était prévu pour faire une émission où Dorothée allait recevoir quelques militaires pour expliquer la guerre du Golfe aux enfants.

Je suis donc reprogrammé la semaine suivante. La production me signifie qu’il ne faut pas que je me mette en avant, car je ne suis qu’un faire-valoir de Dorothée. J’avais bien compris le message, mais je ne pouvais pas non plus totalement m’effacer si je voulais être repéré et avoir une chance de rentrer.

Même scénario que la fois précédente : ils ont déprogrammé car il y avait eu un tel audimat lors de l’émission de la semaine précédente qu’ils souhaitaient réitérer l’opération…ils avaient également déplacé d’autres artistes (Carlos, François Valéry…), ils m’ont donc précisé qu’ils allaient les replacer en premier et me rappeler ensuite.

Je leur ai alors dit que je devais rentrer en Calédonie pour lancer mon émission de TV, mais qu’ils n’avaient qu’à me dire la date qui leur convenait, j’aurais fait les 22000Km pour la matinée d’émission et je serais rentré ensuite. Ils ne m’ont pas rappelé, et je me suis dit que peut-être j’aurais dû rester sur place et attendre leur appel…ce qui m’aurait apporté ma chance d’intégrer leur équipe.

Deux ans après, j’y suis retourné au mois de juin avec une cassette. Azoulay me trouvait toujours aussi intéressant mais c’était la fin de la saison et ça tombait mal. Je me suis dit que j’aurais peut-être dû mettre entre parenthèses la TV calédonienne le temps de faire mon coup d’essai chez eux, et j’ose croire qu’un jour j’aurai pu y arriver.

J’ai failli également intégrer la 5, où il y avait les plus grands noms de la TV de l’époque. Encore une fois, j’y allais au culot, et on me répondait à chaque fois : « oui oui…ne vous inquiétez pas, on la donnera à qui de droit… ».

La seule fois où j’ai insisté car j’en ai eu ras le bol de ne pas recevoir de réponse, je n’ai pas quitté le bureau avant de voir la personne responsable du secteur jeunesse (à qui auraient dû arriver mes candidatures) afin d’avoir enfin une vraie réponse.

J’ai finalement été reçu par un assistant. J’ai demandé à voir Mr Xavier Couture, qui était justement le responsable jeunesse, et il m’a répondu qu’il était à New-York. Je lui ai expliqué que je souhaitais qu’il regarde les extraits de mes émissions et me dise si j’avais, selon lui, une chance d’intégrer leur chaîne.

On s’est donc assis…et le gars jetait parfois un coup d’œil furtif sur mon émission, mais était tout le reste du temps au téléphone. J’ai très mal apprécié ce manque de considération…après avoir raccroché, il me dit : « vous savez Mr Raguin, il y a des téléspectateurs actifs et passifs, et je suis totalement passif devant votre émission ». Je lui ai répondu que je n’acceptais pas sa réponse…

Je lui ai demandé avec qui j’animais, puisque je n’étais pas seul. J’étais certain qu’il ne serait pas capable de me le dire, et ça n’a pas loupé. Il m’a répondu que j’animais avec une fille, alors que j’animais en ventriloquie avec un clown de 50cm et un oiseau en plastique…

J’étais un peu remonté, je lui ai donc signifié qu’à mes yeux, c’était un nul. J’ai récupéré ma cassette, et au moment de sortir, je tombe nez-à-nez avec un gars qui me demande si ça va, et je lui ai clairement répondu que non, car je venais de me faire prendre pour un idiot par un rigolo. Je lui précise que j’étais venu pour voir Mr Couture, et il me dit : « Mr Couture, c’est moi ! ». Son assistant m’avait évidemment raconté des histoires…

Nous nous sommes alors assis afin qu’il regarde mon émission. Il était comme un gosse ! Il trouvait ça incroyable et m’a demandé qui avait créé les jeux, et si j’étais bien ventriloque. J’ai alors sorti ma marionnette de la valise. On a commencé à discuter d’argent, il était très intéressé !

En sortant du bureau, j’ai appelé toute ma famille pour leur en faire part. 2 jours plus tard, la chaîne m’appellait pour me prévenir que je vais participer à un casting.

Le moment le plus rigolo a été lorsque Xavier Couture m’a sorti la même phrase que son assistant, concernant les spectateurs actifs et passifs…sa conclusion a été toute autre : « J’étais complètement actif !!! »

Il s’est retourné vers son assistant et lui a dit : « N’est-ce pas Bernard, qu’on est complètement actif en regardant son émission ??? ». Il a alors baissé légèrement la tête et répondu un timide : « oui oui… »

A cet instant, je l’ai mitraillé du regard jusqu’à ce qu’il relève la tête et que nos regards se croisent, afin que je puisse le fixer et lui faire comprendre tous les mots qui ne sont heureusement pas sortis de ma bouche. Il les a bien compris et a baissé de nouveau la tête ! Au bout du compte, il a ensuite été très sympa avec moi et m’adorait en tant que magicien, animateur, créateur…

Ce casting m’a confirmé que ce que je faisais marchait bien, j’avais en tous cas la sensation d’avoir fait mon maximum ! Xavier Couture m’a appris que les producteurs d’émissions pour enfants étaient fous de moi, et que j’étais retenu pour un casting final où nous étions censés être 10 personnes en lice…nous étions en fait 50 ! J’ai demandé à Xavier Couture pourquoi il m’avait dit qu’on serait 10, et il m’a répondu que tous les autres étaient simplement des copains, de la famille etc…et que de toute façon, ils n’en avaient d’ores et déjà remarqué que 10 sur lesquels ils avaient flashé, et je faisais partie du trio de tête.

Tout le monde m’a félicité pour ma prestation, et je n’ai pratiquement pas dormi ni mangé 2 jours durant, dans l’attente des résultats. On m’a finalement annoncé qu’ils avaient hésité toute une nuit entre un autre gars et moi-même, et c’est l’autre candidat qui a été retenu…j’en ai pleuré au téléphone car c’était mon avenir audiovisuel métropolitain qui s’envolait…

Finalement, non seulement l’émission n’aura duré que 3 épisodes, mais en plus ce n’était pas la personne qui avait été retenue qui l’animait…je ne sais pas pourquoi ils ne m’ont pas rappelé, en tous cas j’ai donc failli rentrer à la 5, et ça aurait certainement été une belle aventure, même si la chaîne s’est arrêtée un an après.

Ces 2 épisodes resteront dans tous les cas de très bons souvenirs !

Artistes NC – Merci beaucoup, Guy Raguin, d’avoir répondu présent et de nous avoir offert cette interview riche en anecdotes et enseignements sur les valeurs humaines, ainsi que l’importance d’un esprit positif et persévérant.

Guy Raguin – C’est effectivement important, et puis la vie est belle et mérite d’être vécue. Quelque soient les difficultés, il faut s’accrocher, il y aura toujours des lendemains meilleurs ! Il faut surtout être passionné pour pouvoir passionner les autres, leur donner envie de nous voir et nous entendre. Être artiste est un beau métier et il faut qu’il perdure.

Bravo à vous pour votre initiative, qui va certainement permettre à des artistes d’avoir une vitrine sur ce qu’ils font, et les aider à augmenter leurs cachets, leurs contrats, et à se faire connaître du plus grand monde. Longue vie à Artistes NC !

Julien Attard

Julien Attard

S’est lancé dans cette aventure afin d’aider les artistes qui ne sont pas à l’aise avec Internet et leur faire prendre conscience de son importance dans le développement de leurs activités et leurs projets.
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